Il dépérissait rapidement, trop rapidement.
Cet homme qui m’a élevé de son mieux a tenu 95 printemps. Je travaillais avec
la fine intuition qu’il partait. Le médecin avait averti ma famille que ses
jours étaient déjà comptés… qu’il ne lui restait que quelques souffles avant
son grand voyage. Je passais mes journée au travail tout en ayant l’espoir de le revoir pour une dernière
fois. Je voulais tenir sa main raidie par la vieillesse une dernière fois. Je
ne demandais pas plus, je ne demandais qu’un dernier instant. Mais il quitta ce
monde avant mon arrivée.
Quelques instants avant son départ,
mon grand-père se trouvait couché sur un lit métallique, sans soluté, en voie
de déshydratation. Il était dans un profond coma, dans un profond rêve. Rêve
dans lequel il tenait sa chère mère. Mère qu’il a tant aimée. Quelques timbres
collés aux bras apaisaient sa douleur. Douleur induite par cette chute qui le
plaça sur ce lit métallique et incommode de sa chambre blanche, décolorée.
Il circulait en fauteuil roulant,
il souriait et charmait encore les femmes. Il se mobilisait il y a une semaine.
Malheureusement, sa témérité le poussa hors de son fauteuil. Il voulait
marcher, peut-être courir comme lorsqu’il était jeune. Mais, il tomba et ne se
releva plus! Les deux hanches fracturées, les jambes effritées, une commotion cérébrale
et un dernier rayonnement de ses iris.
J’ai reçu le triste appel à mon
travail, ma mère et ma conjointe me cherchaient dans la ligne téléphonique pour
m’aviser que cet homme qui m’a vu grandir, qui m’a élevé et qui me racontait
les plus belles histoires oniriques venait de décéder, sur son lit, sous un
masque d’oxygène.
J’avais l’espoir de le revoir pour une dernière fois. Je ne
demandais pas plus, je ne demandais qu’un dernier instant. Mais il quitta le
havre de sa solitude avant mon arrivée. Un lit vide et froid ne témoignait même
pas son existence. Sa chambre était aussi déserte qu’une chapelle abandonnée.
Il était déjà parti au funérarium. Il était pressé… je le comprends! Il voulait
arrêter de souffrir. Il voulait continuer de rêver, de tenir la main de sa mère
qu’il a tant aimée.
Bon voyage grand papa [15 mai 2013, 11h am]
Provenance de cet image: http://www.desktopwallpaper2.com/path-to-heaven-wallpaper-background.html
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