Exceptions, anomalies, anormalités


Humains, homo sapiens, comme les scientifiques nous dénomment. Nous sommes des êtres biologiquement semblables aux animaux mammifères qui nous entourent. Nous sommes dotés d'une capacité de penser qui outrepasse celle de toutes les espèces. Différents et supérieurs, nous nous plaçons au sommet de la chaine alimentaire. Bref, l'homme bestial a trouvé son humanité grâce à ses caractéristiques cognitives. Je me pose à présent des questions sur l'humanité...

À partir de quel moment sommes-nous considérés comme humains? Est-ce un fœtus qui n'a pas encore conscience de rien, un humain, une personne? Selon l'article 223.1 du Code criminel du Canada : un enfant devient un être humain lorsqu'il est complètement sorti, vivant, du sein de sa mère : a) qu'il ait respiré ou non; b) qu'il ait ou non une circulation indépendante; c) que le cordon ombilical soit coupé ou non. Certains courants protestataires ne sont pas du même avis. Or, si on considère le fœtus comme humain, l'avortement ne serait-ce pas un meurtre socialement acceptable? D'après moi, il n'est pas question ici de savoir si le fœtus est une personne ou non, il est plutôt question de responsabilité et d'obligation. On a tendance à se dégager, parfois trop rapidement, de la responsabilité qu'on a envers autrui. Loin des yeux loin du cœur. Pourquoi donc s'en soucier? Les grandes décisions sont prises à porte fermée entre les soi-disant spécialistes de la santé et les hommes de pouvoir.

C'est à la naissance qu'on devient une personne, et non avant. Propos que certains acceptent en avalant leur salive de travers. Il est vrai que c'est en prenant contact avec l'environnement que le processus démarre, que les neurones font d'un simple être humanoïde, un être conscient et de raison. Pourtant, nous savons bien que, dans certains cas d'exception, des bébés viennent au monde malheureusement avec des handicaps mentaux profonds. Enfants qui deviennent malheureusement une lourde charge sociale puisque les ressources disponibles sont précaires. Ces handicapés sont considérés également comme humains malgré leur manque de raison et autres caractéristiques. Malgré tout, les médecins voient cette anomalie comme un problème à rayer. De ce fait, on propose aux femmes enceintes de passer un test de dépistage prénatal. Test qui permet de déterminer si le bébé a une probabilité faible ou élevée d'avoir, par exemple, la trisomie 21. Mais il ne certifie pas si le bébé est en atteint ou non! Test souvent erroné. Comme résultat, on élimine un problème d'exception par l'avortement, et par le fait même, on supprime de futurs êtres normaux.

Il est important de souligner que tout récemment la Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées, signée en 2007, a donné des droits aux handicapés et par la même, les mêmes droits que tout individu. Jadis, autant l'enfant que l'adulte handicapé vivaient dans l'isolement, comme des bêtes enfermées. Sachez que, malgré ce progrès, la discrimination des personnes handicapées persiste dans de nombreuses sphères de notre société. Beaucoup d'enfants handicapés ne sont toujours pas acceptés dans l'éducation ou intégrés dans des organismes communautaires.

Dans certains pays du tiers monde, les déficients intellectuels ne sont pas perçus comme humains, mais plutôt comme des bêtes, des abominations, des possédés du démon, etc. Ils périssent tués dans les rues. Je suis troublé. Et quoi dire maintenant de ceux qui deviennent incapables d'assumer indépendamment leurs besoins de manière autonome à cause d'un accident? Ou des personnes atteintes de troubles mentaux? Ou des personnes âgées souffrant de démence dégénérative? Leurs droits sont révisés et parfois même enlevés, puis ce n'est pas toujours de manière justifiée ou objective. L'état contrôle les exceptions de la nature et les anomalies qu’y surgissent. Ces cas, isolés, ne représentent aucune menace planétaire comme l’a déjà été la tuberculose. Certes, c'est dans la quantité que le facteur d'exception se dissout. Ainsi, si une grande majorité d'êtres humains donnaient naissance à des êtres qui auraient des caractéristiques physiques et/ou mentales différentes, mais égales entre eux, leur statut d'humain serait matière à doute. Il s'agirait d'un nouveau genre de notre espèce ou peut-être l'apparition d'une nouvelle espèce à renommer ou à classer sans scrupules! Une espèce perçue menaçante, puisque c'est ainsi qu'on a toujours perçu les différences entre nous.

Je n'ai pas besoin d'entrer dans la science-fiction pour parler également de ces idéologies tordues qui ont déjà fait des ravages dans notre monde. Parlons des génocides! Ces exterminations intentionnelles, systématiques et programmées qui ont déjà annihilé des gens d'une population en raison de leurs origines ethniques, religieuses ou sociales. Tueries gratuites par intérêt qui se déroulent encore ici par là sur notre globe. Femmes et enfants que nous regardons à la télévision se faire maltraiter, et même tuer comme des bêtes. Actes inhumains venant d'êtres de raison, des soi-disant humains. Les mêmes humains qui ont écrit les chartes de droits et libertés de la personne. Hommes de loi qui nous considèrent comme personnes pourvu que notre utilité sociale soit reconnue.

Le but de cet exposé n'est pas de débattre sur ce qui est humain ou non, ce qui est acceptable ou non, ce qui est normal ou non. Mon but est de vous faire prendre conscience que notre état d'humain, de personne, d'être social, dépend des autres. On classifie pour mieux se diviser. On divise pour ensuite créer des problèmes. Problèmes qui seront considérés comme obstacles sociaux. Obstacles qui relèveront des questions et qui ébranleront les idéologies de notre monde. Idéaux qui cherchent à se débarrasser d’un problème en créant d’autres problèmes.


Jeudi 31 mars 2011



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